L’approche Montessori, initialement développée pour favoriser l’autonomie et les apprentissages, a progressivement été adaptée aux personnes âgées, notamment aux personnes vivant avec des troubles neurocognitifs ou une maladie d’Alzheimer.
Appliquée au vieillissement, Montessori ne consiste pas simplement à proposer des « activités Montessori ». Il s’agit d’une approche globale qui cherche à adapter l’environnement, les activités et l’accompagnement aux capacités préservées, aux préférences, à l’histoire de vie et au rythme de chaque personne.
Depuis la fin des années 1990, des chercheurs de différents pays étudient cette approche auprès de personnes âgées, en particulier dans les établissements d’hébergement. Les recherches portent aujourd’hui aussi bien sur les activités individuelles ou collectives que sur les repas, l’autonomie, l’engagement, les comportements et la transformation des pratiques professionnelles.
Que dit la recherche ?
Une revue systématique publiée en 2023 a analysé 15 études consacrées aux programmes Montessori auprès de personnes vivant avec une démence en établissement. Les auteurs rapportent notamment des améliorations significatives de l’engagement et de certains indicateurs de santé mentale. Des résultats favorables ont également été observés concernant certaines difficultés liées à l’alimentation.
En revanche, les auteurs ne retrouvent pas d’amélioration significative et constante des activités de la vie quotidienne ou de la qualité de vie.
Ces résultats invitent donc à présenter Montessori avec nuance : les données scientifiques sont encourageantes sur certaines dimensions, mais elles ne permettent pas d’affirmer que l’approche produit systématiquement une amélioration de tous les aspects du quotidien. (PubMed)
1. Favoriser l’engagement
L’engagement constitue l’un des résultats les plus fréquemment étudiés.
L’objectif est de permettre à la personne de participer activement à une activité qui a du sens pour elle, plutôt que de la placer uniquement dans une position de spectatrice.
Une étude française publiée en 2025 a comparé une activité de lecture inspirée de Montessori à une activité de lecture traditionnelle auprès de trois groupes de cinq personnes présentant une démence modérée à sévère.
Les chercheurs ont observé davantage d’interactions verbales, d’engagement et d’affects positifs pendant les activités de lecture Montessori, avec des tailles d’effet allant de modérées à importantes. (PubMed)
Ce que cela signifie concrètement
Une activité Montessori cherche notamment à permettre à la personne de :
● faire quelque chose plutôt que simplement recevoir une stimulation ;
● utiliser ses capacités encore présentes ;
● effectuer des choix ;
● manipuler des objets familiers ;
● retrouver un rôle actif ;
● interagir avec les autres ;
● prendre plaisir à une activité adaptée à ses possibilités.
2. Préserver les capacités et soutenir l’autonomie
Un principe fondamental de l’approche consiste à partir des capacités préservées plutôt que de se concentrer uniquement sur les déficits.
L’activité est adaptée au niveau de difficulté permettant à la personne de réussir, éventuellement avec une aide minimale.
Cette philosophie peut concerner des activités très diverses : préparer une table, plier du linge, arroser des plantes, classer des objets, participer à une recette, prendre soin d’un animal, lire, écrire, jardiner ou réaliser une tâche familière.
La recherche récente s’intéresse également à Montessori comme approche globale de soins, et pas seulement comme programme d’activités.
3. Montessori et approche centrée sur la personne
L’un des intérêts de l’approche Montessori adaptée aux personnes âgées est sa proximité avec les principes de l’accompagnement centré sur la personne.
Une étude australienne publiée dans Age and Ageing a analysé 16 groupes de discussion et 36 entretiens réalisés auprès de résidents, proches, professionnels et bénévoles dans huit établissements.
Les chercheurs ont retrouvé une forte convergence entre les objectifs de l’approche centrée sur la personne et ceux de Montessori, notamment autour de l’engagement dans des tâches ayant du sens et de la valorisation des capacités de la personne. (PubMed)
Une même question au cœur des deux approches :
« Que pouvons-nous mettre en place pour permettre à cette personne de continuer à être actrice de sa vie ? »
Cette perspective conduit à déplacer le regard :
Au lieu de demander :
« Qu’est-ce que cette personne ne peut plus faire ? »
On cherche davantage à comprendre :
« Qu’est-ce qu’elle peut encore faire, comment peut-elle le faire, et comment pouvons-nous adapter son environnement pour le lui permettre ? »
4. Des applications dans les gestes du quotidien
Montessori peut également être intégrée à des situations ordinaires de la vie quotidienne.
L’alimentation en constitue un exemple particulièrement étudié.
Des recherches ont utilisé des interventions combinant Montessori et la technique de récupération espacée (Spaced Retrieval) afin de soutenir l’autonomie des personnes vivant avec une démence pendant les repas.
Une étude pilote publiée en 2025 a notamment évalué une intervention appelée SPREMON, associant récupération espacée et activités Montessori, en étudiant l’indépendance pendant les repas, l’engagement, l’humeur et l’état nutritionnel. (PubMed)
Une publication plus récente décrit également la co-conception de cette intervention avec les parties prenantes et montre l’intérêt de réfléchir à Montessori dans les situations concrètes du quotidien plutôt que comme une simple activité isolée. (PubMed)
5. Une approche qui concerne aussi les professionnels
Pour qu’une démarche Montessori soit réellement intégrée dans un établissement, proposer quelques activités ne suffit pas nécessairement.
La formation des équipes, l’organisation, l’environnement et la manière d’accompagner les personnes sont également concernés.
Une étude française a développé une grille destinée à mesurer le degré d’application des principes Montessori en établissement. Cette grille a été étudiée auprès de 333 professionnels dans 29 établissements, puis utilisée à nouveau auprès de 125 professionnels après le déploiement de la démarche. (PubMed)
Une autre étude qualitative récente s’est intéressée aux conditions permettant de maintenir durablement cette approche dans les établissements. Les auteurs soulignent notamment l’importance des conditions organisationnelles, de l’implication des professionnels et de l’intégration de Montessori dans la culture de l’établissement. (PubMed)
Cela rappelle une distinction importante :
**Montessori n’est pas uniquement un matériel ou un catalogue d’activités. C’est aussi une manière de regarder la personne et de penser son accompagnement.**
Ce que la science permet de dire aujourd’hui
Les résultats les plus encourageants concernent notamment :
Engagement
Les activités Montessori peuvent favoriser l’engagement actif dans certaines situations. (PubMed)
Interactions et affects positifs
Certaines études rapportent davantage d’interactions verbales et d’affects positifs pendant les activités Montessori. (PubMed)
Certains comportements
Des recherches rapportent des effets favorables sur certains symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. (PubMed)
Alimentation
Des travaux ont étudié l’utilisation de Montessori pour soutenir les capacités d’alimentation et l’autonomie pendant les repas. (PubMed)
Pratiques professionnelles
Les recherches récentes s’intéressent de plus en plus à la formation et à l’implantation de Montessori dans les établissements. (PubMed)
Ce que la recherche ne permet pas encore d’affirmer
Il serait scientifiquement excessif d’affirmer que Montessori :
● guérit la maladie d’Alzheimer ;
● ralentit systématiquement l’évolution de la démence ;
● améliore systématiquement la qualité de vie ;
● restaure l’autonomie de toutes les personnes ;
● remplace les traitements ou les soins médicaux.
La revue systématique de 2023 souligne précisément l’hétérogénéité des résultats et l’absence d’effet significatif constant sur les activités de la vie quotidienne et la qualité de vie. (PubMed)
Les études récentes sont prometteuses, mais certaines restent de petite taille ou utilisent des méthodologies qui ne permettent pas d’établir une relation causale définitive.
Une étude française publiée en 2026 auprès de 262 résidents dans 31 établissements constitue une avancée importante : elle rapporte une diminution significative de la sévérité des symptômes neuropsychiatriques et de la détresse des aidants. Toutefois, les auteurs précisent eux-mêmes que le protocole ne permet pas de tirer de conclusions causales définitives. (PubMed)
Une approche fondée sur les capacités plutôt que sur les limitations
Au-delà des résultats mesurés par les études, l’un des apports majeurs de Montessori adaptée aux personnes âgées réside dans le changement de perspective qu’elle propose.
La personne âgée n’est pas uniquement considérée à travers son diagnostic, ses pertes ou ses difficultés.
On cherche à identifier :
ses capacités encore présentes,
ses centres d’intérêt,
son histoire personnelle,
ses habitudes,
ses préférences,
et les conditions qui lui permettent de continuer à participer.
L’objectif est alors de créer un environnement dans lequel la personne peut encore choisir, agir, contribuer, interagir et éprouver le sentiment d’être utile.
C’est dans cette perspective que Montessori peut s’inscrire dans une démarche d’accompagnement centrée sur la personne.
Références scientifiques
Références de synthèse
Yan Z., Traynor V., Alananzeh I., Drury P., Chang H.-C. R. (2023).
The impact of Montessori-based programmes on individuals with dementia living in residential aged care: A systematic review.
Dementia, 22(6), 1259–1291.
DOI : 10.1177/14713012231173817. (PubMed)
Erkes J., Bayard S. (2023).
Montessori Method applied to dementia, a person-centered global approach Part 2: Review of literature, effects and perspectives.
Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 21(2), 223–232.
DOI : 10.1684/pnv.2023.1095. (PubMed)
Recherches récentes
Bourgeois C. et al. (2026).
Preliminary results of a 6-month study examining the effects of Montessori-based care on resident independence, responsive behaviours, and caregiver distress levels in nursing homes.
Aging & Mental Health, 30(3), 455–467.
DOI : 10.1080/13607863.2025.2553323. (PubMed)
Bourgeois C. et al. (2025).
Unlocking the benefits of Montessori-based reading activities in nursing home: A multiple baseline study on groups of individuals with severe dementia.
Dementia, 24(3), 436–455.
DOI : 10.1177/14713012241270805. (PubMed)
Woolford M. et al. (2024).
Intersection between person-centred practice and Montessori for dementia and ageing in residential aged care.
Age and Ageing, 53(10). (PubMed)
Donadey M. et al. (2024).
Application, understanding, and appropriation of the Montessori method for persons with dementia: A qualitative pilot study.
Dementia, 23(8), 1245–1262.
DOI : 10.1177/14713012241264910. (PubMed)
Donadey M. et al. (2026).
Supporting Sustainable Montessori Implementation in Nursing Homes: Key Determinants and Recommendations.
Journal of Gerontological Social Work.
DOI : 10.1080/01634372.2026.2726904. (PubMed)
Références historiques
Sheppard C. L., McArthur C., Hitzig S. L. (2016).
A Systematic Review of Montessori-Based Activities for Persons With Dementia.
Journal of the American Medical Directors Association, 17(2), 117–122.
Hitzig S. L., Sheppard C. L. (2017).
Implementing Montessori Methods for Dementia: A Scoping Review.
The Gerontologist, 57(5), e94–e114.